Nez de marche antidérapant en bâtiment d'activité

Dans un commerce, un atelier ou des bureaux ouverts au public, l’escalier se sécurise dès le plan : marches régulières, contremarches contrastées en bas et en haut, main courante des deux côtés et, sur chaque arête, un nez de marche antidérapant contrasté sur au moins trois centimètres. Le béton se prépare au coffrage, le profilé se choisit avant la réception.
Pourquoi la volée d’escalier concentre les chutes
La descente fait l’essentiel des dégâts. Le pied prend appui près de l’arête, le regard porte déjà vers le palier, et une arête usée, poussiéreuse ou mouillée suffit à faire partir l’appui. S’y ajoutent la marche mal perçue, quand le béton du giron se confond avec celui de la contremarche, le contre-jour d’une verrière et l’affluence d’une ouverture de magasin ou d’une relève d’équipe, chacun descendant vite, un carton dans les bras.
Ce que les arrêtés ERP exigent d’une volée
Un commerce, un showroom ou des bureaux qui accueillent de la clientèle relèvent des établissements recevant du public (ERP), dont le classement se fixe dès l’esquisse, comme le rappelle le parcours pour construire un local commercial. Un atelier fermé au public relève, lui, du Code du travail, qui exige au moins une rampe ou une main courante. Pour les ERP, l’article 7-1 de l’arrêté du 20 avril 2017 règle l’escalier neuf, celui de l’arrêté du 8 décembre 2014 l’escalier existant.
| Point de la volée | ERP neuf (arrêté du 20 avril 2017) | ERP existant (arrêté du 8 décembre 2014) |
|---|---|---|
| Marches | 16 cm de haut au plus, giron de 28 cm au moins | 17 cm de haut au plus, cotes d’origine conservables |
| Nez de marche | contrasté sur 3 cm en horizontal, non glissant, débord d’une dizaine de millimètres au plus | contrasté sur 3 cm en horizontal, non glissant |
| Marches extrêmes | contremarche de 0,10 m au moins, contrastée sur cette hauteur | idem |
| Haut de volée | éveil de la vigilance à 0,50 m de la première marche | idem |
| Main courante | des deux côtés, entre 0,80 m et 1,00 m, 1,20 m libre entre elles | des deux côtés, entre 0,80 m et 1,00 m, 1 m libre entre elles |
Ce qui se joue au coffrage de la volée
La plupart des défauts d’un escalier d’activité naissent sur la planche. Une hauteur qui varie de quelques millimètres d’un pas à l’autre casse le rythme du pied, et aucun nez rapporté ne rattrape cet écart. La volée se trace avec un giron constant et une hauteur identique du premier au dernier pas, depuis les niveaux finis, revêtements compris, selon la méthode détaillée pour le coffrage d’un escalier béton.

Un réflexe de coffreur mérite une vérification en ERP neuf. Le fruit donné aux planches de contremarche, qui les incline vers l’intérieur pour dégager l’arête, crée un débord du nez sur la contremarche. L’arrêté de 2017 le plafonne à une dizaine de millimètres : un fruit de deux centimètres dépasse déjà la tolérance.
Le mode de fixation se tranche aussi à ce stade. Un profilé encastré affleure le giron et demande une feuillure le long de l’arête, formée par un tasseau fixé en tête de planche de contremarche. Un profilé collé ou vissé se contente d’une arête saine, sans nid de gravier, mais son épaisseur entre dans le calcul des niveaux finis.
Trois autres attentes se décident avant coulage :
- les platines ou les fourreaux des mains courantes, de chaque côté de la volée ;
- les gaines de l’éclairage, placé pour éviter le contre-jour en descente ;
- le niveau du palier haut, qui reçoit le revêtement d’éveil de vigilance sans créer de ressaut.
Nez de marche rapporté sur béton : profilé, fixation et contraste
Le béton brut reste gris de la marche à la contremarche, et l’arête se devine mal en descente. Le contraste exigé porte sur le nez par rapport au reste de l’escalier : insert sombre ou jaune sur un béton clair, insert clair sur une résine foncée.
Une volée en béton brut accueille sans reprise de maçonnerie un nez de marche antidérapant choisi parmi les profilés que distribue Sud Antidérapant : fixé sur l’arête, ce profilé la protège des chocs, améliore l’adhérence du pied et fait ressortir chaque marche par contraste. Sur béton brut, sur carrelage ou sur résine, ces modèles en aluminium à insert minéral ou en PVC se collent, se vissent ou s’encastrent selon le support, et une version photoluminescente garde l’arête visible quand la lumière baisse. Le même profilé se pose en rénovation sans gros travaux ou s’intègre à une construction neuve, et le distributeur oriente vers le modèle adapté au support comme à l’usage, pose comprise quand le chantier la demande.
Nez de marche antidérapant dehors et en escalier de secours
Dehors, la volée travaille autrement. Une pluie d’orage laisse une pellicule d’eau sur le giron, le gel d’un matin d’hiver dans le Luberon la change en glace, et le mistral rabat poussière et feuilles contre les contremarches. Le béton extérieur se coule avec une légère pente vers l’avant pour chasser l’eau, et le profilé y est plutôt vissé, un collage sur support humide ou froid tenant mal. L’éclairage du perron, souvent traité en dernier, conditionne la lecture des arêtes dès la tombée du jour.
Pour un ERP, l’arrêté du 20 avril 2017 soumet toute volée extérieure de trois marches ou plus aux règles de l’escalier intérieur, à l’exception de l’éclairage, traité avec les cheminements extérieurs. Nez contrastés et non glissants, contremarches des marches extrêmes et main courante valent donc aussi pour le perron d’un magasin ou l’accès d’un bureau.

Le soleil du Midi pose une autre question. Un profilé exposé plein sud chauffe en été, une teinte vive pâlit avec les saisons, et un contraste parfait sur le nuancier du bureau d’études peut s’effacer sous la lumière dure de juillet. La teinte de l’insert se juge donc sur une marche témoin, en plein soleil puis sous la pluie, avant de commander toute la volée.
Quatre points distinguent une volée extérieure réussie :
- une pente d’écoulement régulière, identique sur chaque marche ;
- un insert dont la teinte reste lisible sous la pluie comme au crépuscule ;
- des fixations inoxydables ou protégées, contrôlées après chaque hiver ;
- une main courante qui ne glace pas la main et ne chauffe pas en plein été.
L’escalier de secours, une volée qui doit servir vite
Dans un atelier ou un entrepôt, l’escalier de secours est souvent métallique, en acier galvanisé, avec des marches en caillebotis, c’est-à-dire une grille de plats métalliques posés sur chant qui laisse passer l’eau et les débris. La grille draine bien mais se lit mal : un nez plein et contrasté, intégré à la marche ou rapporté, marque l’arête là où l’œil cherche un repère.
Le Code du travail range l’obligation de rampe ou de main courante parmi les règles d’évacuation : l’article R4227-10 en impose une sur tout escalier, et une de chaque côté dès 1,5 mètre de largeur. Cet escalier sert rarement, mais toujours dans de mauvaises conditions : alarme, nuit, foule pressée, parfois coupure de courant. Un profilé photoluminescent restitue alors la lumière accumulée et garde chaque arête visible, en complément de l’éclairage de sécurité, jamais à sa place.
Une volée que personne n’emprunte vieillit sans témoin. Ses visites périodiques portent sur la corrosion des fixations, la planéité des caillebotis et la tenue des nez, trois défauts qui s’installent sans bruit.
Réception de l’escalier, puis entretien
La réception clôt les étapes du gros œuvre et des lots de finition : c’est le moment où un défaut d’escalier se signale le plus simplement, avant que l’exploitant ne s’installe. Les réserves d’une volée se constatent marche par marche, mètre et luxmètre en main, et la répartition des rôles décrite dans la comparaison entre promoteur ou constructeur indique à qui les adresser.
La visite de réception passe en revue six points, dans l’ordre de la montée :
- la hauteur et le giron de chaque marche, premier et dernier pas compris, mesurés depuis un même trait de niveau ;
- le contraste du nez sur 3 cm et celui de la contremarche contrastée des marches extrêmes, sur 0,10 m ;
- la tenue des profilés : aucune vis saillante, aucun bord qui se soulève, un débord conforme ;
- le revêtement d’éveil de la vigilance en haut de volée et sur chaque palier ;
- des mains courantes continues, prolongées et distinctes de leur paroi ;
- l’éclairement moyen au sol, que l’arrêté de 2017 fixe à 150 lux pour chaque escalier d’un ERP neuf.

Le dossier des ouvrages exécutés, remis avec la réception, mérite une ligne précise sur l’escalier : modèle et teinte des profilés, mode de fixation, nature du support. Sans ces références, le remplacement d’un nez abîmé quelques années plus tard tourne à la devinette, et la volée finit avec deux contrastes différents, ce qui brouille justement la lecture des marches.
Entretenir la volée au fil des saisons
Pour l’exploitant, la fiche « Sécuriser les escaliers » de l’INRS (ED 6447, 2021) donne les repères d’usage : un éclairage d’au moins 100 lux sans éblouissement, une main courante continue et facile à saisir, des nez de marche adhérents dont la couleur tranche sur celle des marches. Elle ajoute trois gestes : garder nez de marche et main courante en bon état, nettoyer régulièrement pour écarter la glissade, remplacer sans attendre un éclairage défectueux. La même fiche demande une circulation libre de tout encombrement, règle qui vise d’abord l’escalier de secours, trop souvent gagné par le stockage.
En Provence, la poussière calcaire et le sable des parkings encrassent vite les inserts. Un brossage régulier leur rend leur adhérence, et un insert usé jusqu’au métal se remplace.
Quand le local change d’exploitant
Un bâtiment d’activité change souvent de preneur, et un atelier devient parfois un commerce. Le local relève alors de l’arrêté du 8 décembre 2014, celui des ERP situés dans un cadre bâti existant : les marches d’origine gardent leurs cotes tant qu’aucun travail ne porte sur leur géométrie, mais les nez contrastés et non glissants, les contremarches extrêmes et l’éveil de la vigilance restent attendus. Sur une volée saine, un profilé vissé ou collé règle l’essentiel en une intervention courte, sans toucher à la structure. Les contremarches de la première et de la dernière marche se traitent dans la même visite, par une peinture de sol ou un habillage d’une teinte nettement différente de celle de la marche.
Prochaine étape : faire figurer dans le cahier des clauses techniques particulières du lot gros œuvre la coupe cotée de la volée, avec le fruit des contremarches, la feuillure des profilés et le niveau du palier haut, puis la faire valider par le bureau de contrôle avant le premier coulage.